Anne-Dominique Blérot et Lionel Counet ont fait un stage à l’internat avant de partir pour Madagascar dans le cadre du Vidès… Voici quelques extraits de leurs mails d’octobre à janvier pour baliser tout leur séjour là-bas …

 

©            Lionel, le 27 octobre 2008:

   « Nous voilà arrivés à Tana. Et déjà une semaine de passée. Disons que j'ai pu prendre mes marques mais qu'il faudra encore un peu de temps avant d'être bien habitué. Le centre où je suis est vraiment chouette. Un peu en dehors de Tana (15 km), ma chambre donne vue sur les rizières, quelle chance ! Les enfants sont très accueillants et viennent voir la curiosité vazaha (étranger) que je suis. Maintenant, ils m'ont apprivoisé si je puis dire ainsi et moi aussi.

   Par contre, penser que le français était parlé à Madagascar était une belle illusion. Encore plus en ce qui concerne les enfants; leur cours sont donnés en malgache mais ils écrivent en français dans leurs livres sans trop comprendre. Le dialogue avec eux est donc un vrai challenge de tous les jours, challenge auquel je me suis attelé assez vite. La syntaxe malgache n'est pas trop compliquée mais le vocabulaire est assez compliqué et difficile à prononcer. Ce n'est donc pas évident de se faire comprendre mais je progresse (mihatsara aho). La vie dans la communauté est très chouette. J'étais été très bien accueilli par les frères (4 malgaches et 3 italiens). Je m'y sens bien et libre. En ce qui concerne le climat, pour l'instant il fait délicieusement supportable...Je dirais comme des belles journées d'été avec 25-28°C de moyenne mais les pluies et les chaleurs sont pour bientôt. Les premières gouttes sont déjà tombées, les suivantes ne devraient tarder.

   C'est dans l'échange et le partage que le volontariat se fait et grandit.
    
Pour le moment, je donne cours de français comme je peux aux aspirants salésiens du centre. Je devrais donner en plus des formations sur quelques techniques d'animations  (du moins c'est ce qu'ils m'ont demandé) et pour le reste je suis les cours d'élevage et d'agriculture de près et participe à ceux-ci activement et quand j'en ai l'occasion je donne des conseils ou des explications traduites par le prof (qui a un français correct). Le problème, c'est qu'il pense que le vazaha (étranger… c'est comme ça qu'on nous appelle à Madagascar) connaît tout sur tout et que je vais leur apprendre tout alors qu'ils m'en apprendront plus que ce que je ne peux leur offrir, c'est mon impression. Je suis tombé dans une infrastructure qui est hyper bien organisée et qui tourne très bien sans moi. Je me sens un peu inutile mais je vois les choses différemment maintenant. Le volontaire n'est pas le sauveur des pays en voie de développement comme on pourrait le croire en s'engageant mais il est là et c'est bien. C'est une sorte de reconnaissance pour eux. Mon voyage a Haïti me l'avait déjà appris mais je confirme cela après une semaine. C'est dans l'échange et le partage que le volontariat se fait et grandit. »

 

©            Anne-Dominique, le 19 novembre :

    « A Betafo, (…) nous sommes entourés de collines, il y a des animaux de ferme, un énorme potager, un lac à deux minutes, on jette un seau d’eau en guise de chasse, on a régulièrement des pannes de courant et d’eau, la cuisinière est au feu de bois et la machine à laver est réservée pour les draps de lits. Ca me fait du bien de retrouver cette simplicité. (…) Mes semaines vont être rythmées par les cours de français que je donnerai aux 3 aspirantes, aux 4 classes d’enfants de 10 à 12 ans et aux enseignants. J’aurai donc bien le temps de m’occuper du jardin, d’aller jeter un coup d’œil aux cours de couture et broderies, de prendre le soleil lorsque la pluie nous épargne et, surtout, de me rapprocher des filles de l’internat auxquelles je suis déjà bien attachée en 5 jours à peine.(…) A la prochaine, Anne-Do »

 

©            Lionel le 8 janvier:

   « Mon séjour à Ivato se poursuit. J'y suis très bien tombé. Une communauté de frères très accueillante, tout sourire mélangeant la chaleur malgache et italienne (Sardaigne et Sicile... que de joies de vivre) ! Les enfants m'ont aussi réservé un "Tonga soa". La vie suit son cours avec ses joies, ses peines, ses remises en questions et ses difficultés qui voient le jour dans tout volontariat. Qu'est-ce que je fous, ici? A quoi je sers? Des questions qui traversent parfois l'esprit. Je me rends compte qu'il faut parfois revoir ses ambitions de départ à la baisse et que le volontariat n'en sortira pas moins enrichissant pour la communauté et les enfants rencontrés. Je ne m'étendrai pas plus dans ce mail car je dois y aller. Je vous enverrai d'autres nouvelles plus concises prochainement. En attendant, vous pouvez prendre de mes nouvelles sur mon blog http://madagascarlio.blogspot.com/ ! »

©            Anne-Dominique le 12 janvier :

   « (…) Ca nous a fait du bien de visiter un peu cette île aux mille facettes avant de reprendre les dernières semaines de volontariat en super forme.  Eh oui, ça sent déjà la fin…Plus que 6 semaines…Et j’ai déjà dû dire adieu à une Sœur, Sœur Alejandra à qui j’étais bien attachée, qui part pour 2 mois dans son pays…Snif !

    Aujourd’hui c’est la rentrée à Betafo. On va se remettre petit à petit dans le bain, on va reprendre ses habitudes, son horaire…Le projet de Betafo comprend un internat de 56 filles de 11 à 22 ans. Quelques une sont encore à l’école primaire Laura Viccunia, tenue par les sœurs, une bonne moitié fréquente le collège Saint-Louis des Frères Salésiens et la dernière partie va à l’école professionnelle de couture gérée par les Sœurs. C’est une vraie chance pour toutes les internes d’être ici… Certaines ne voulaient même pas partir en vacances.

     Dans la communauté, il y a 5 sœurs, toutes malgaches sauf la Sœur responsable qui est Colombienne. Il y a aussi 2 postulantes et une aspirante…Et Meggi, la volontaire allemande qui reste un an et qui est là depuis septembre. Je partage ma chambre avec cette dernière qui parle, heureusement, très bien français…Et malgache aussi d’ailleurs. C’est, à la fois, intéressant de pouvoir échanger notre ressenti de volontaire, nos difficultés, nos joies (…)   Mes journées sont bien remplies et de façon très diversifiée, c’est ça qui est chouette ! Je donne cours de français dans les classes de 5e et 6e primaires et je fais un peu d’animation chez les maternelles. C’est assez difficile d’interagir avec les jeunes enfants car leur niveau de français est assez pauvre. (…)

   A côté de cela, je donne cours aux instituteurs de primaires et aussi aux enseignants de l’école professionnelle. Ils ont tous un grand désir de perfectionner leur français (…). En dehors des cours de français, j’ai rempli les trous de mon horaire par du jardinage, de la couture, de la décoration et l’assistance à l’étude ou à la bibliothèque.

   Après toutes ces semaines dans ce pays, je commence à bien cerner la population malgache et leur art de vivre. (…) Lorsque nous sommes invités dans les familles, l’accueil est vraiment très chaleureux. C’est un grand honneur pour eux que l’on rentre dans leur maison. Ils se plient en 4 avec leurs pauvres moyens pour nous honorer et nous offrent des légumes alors qu’ils en manquent. Ca me gêne beaucoup d’avoir un tel traitement de faveur alors qu’ils sont dans le besoin.

   Voilà un peu ce que cette expérience me permet de découvrir. Tout cela me fait beaucoup réfléchir et je me rends compte que le volontariat m’apporte à moi beaucoup plus que ce que je ne peux apporter ici ! »